mercredi 14 avril 2010

Heureusement, dans ma vie, j'ai fait quelques rencontres qui m'ont aidée à libérer mon esprit de temps à autres. Je n'en ai pas faites beaucoup, peut-être à cause de mon caractère introverti ou peut-être étais-je introvertie à cause de mon éducation.. bref ici c'est l'histoire de la poule et de l'oeuf.
Quand j'ai fini mes primaires, mon professeur avait glissé à ma mère que la partie humanité de l'école n'était pas de très haut niveau et que vu mes capacités il était préférable de me changer d'école. A l'époque, j'avais une grande cousine qui commençait son régendat dans une école de la Ville, ma maman lui a fait confiance et voilà qu'elle m'inscrit dans cette école (il y avait une partie humanités). A 13 ans, pour y aller, je devais prendre le tram et marcher dans un quartier "peu fréquentable". Je m'y suis bien plue, mes études s'y déroulaient à merveille et j'avais des amis avec qui je me sentais bien. Il est vrai que la majorité des élèves étaient d'origine maghrébine, grecque et espagnole. Cela ne plaisait pas beaucoup à mes parents. A la fin de ma 3ème année, ils décident donc de me changer d'école sans me demander mon avis. De toute façon, ils ne m'ont jamais demandé mon avis. Ils partaient du principe que tout ce qu'ils faisaient, ils le faisaient pour mon bien. Me voilà donc en 4ème dans une école hupée non loin de mon domicile. J'ai détesté cette école. Je n'ai jamais su m'y intégrer et avec le recul, je crois que j'ai refusé de m'y intégrer. Je venais d'une école où on rigolait à gorge déployée, où tout le monde disait ce qu'il pensait, où il y avait un brassage de cultures tellement enrichissant que j'adorais. Tout n'y était pas toujours calme, mais je m'y sentais bien. Et je me retrouve dans cette école où je dois porter l'uniforme. Dès le premier jour, j'observe des clans de jeunes filles qui me dévisagent sans venir vers moi. Qui se donnent rendez-vous le week-end pour aller prendre le thé... bref, vraiment peu pour moi. J'y ai raté une fois ma 4ème et une fois ma 5ème. J'y étais tellement mal, que ma prof d'anglais, la seule que j'aimais bien et avec qui j'avais une relation particulière (faut dire que je me débrouillais vraiment pas mal à son cours) m'avait avoué qu'en conseil de classe, les professeurs se demandaient si je ne me droguais pas tellement j'étais pâle. C'est vrai que je partais tous les matins avec une boule au ventre et que j'avais envie de vomir.
J'ai commencé à me libérer et à penser que j'étais digne d'intérêt quand j'ai intégré une ènième nouvelle et dernière école en humanités. Le 2 plus belles années de ma vie et probablement les dernières. J'y ai redécouvert des personnes simples qui avaient des activités simples, beaucoup plus proches de ce que j'étais. C'est dans cette école que j'ai fait la rencontre la plus importante et qui a bouleversé ma vie. Il m'a appris l'amour inconditionnel. Il m'a aimée comme jamais je n'ai été aimée. Grâce à lui j'ai commencé à me rebeller. Nous avons passé deux années exceptionnelles. La seule chose, c'est qu'il n'imaginait pas et il ne pouvait s'imaginer la tension qui régnait à la maison. A la maison, c'était du jamais vu pour mes parents. Leur fille était amoureuse et ils n'avaient pas d'emprise. Comme au moyen-âge, ils auraient voulu que je demande leur approbation. Ils auraient voulu choisir à ma place, en me disant non celui-la je ne l'aime pas, non celui-là non plus, celui-ci peut-etre bien, faut voir..... Parce que c'était comme ça qu'avait procédé ma grand-mère avec ma mère.... Donc le fait que je sorte avec ce garçon les contrariat très fort. J'avais constamment des "Et si des gens te voient main dans la main dans la rue?" et des "Mais tu te rends compte?? Ses parents sont divorcés!!" , des "mais il est belge". Comme si le fait de se tenir main dans la main à 18 ans était quelque chose d'obcène. Mais là encore c'était la peur du qu'en dira-t-on qui les faisait agir. J'avais envie de leur jeter ma rage à la figure et de leur dire "Mais vos gueules!!! Si vous vouliez que j'épouse un italien, fallait pas vivre en Belgique!!". Dieu sait que je me suis battue, que je les ai envoyé chier, que j'ai pleuré de rage, de tristesse. Heureusement pour moi, pour nous, ces deux années ont été ponctuées par des grèves scolaires très très longues. Nous avons donc pu ainsi profiter l'un de l'autre sans que je doive m'occuper de mes parents. Bien sûr, ils me laissaient des tâches ménagères à la maison pour pouvoir me canaliser. Mais je les faisais très très vite le matin, de façon à être libre l'après-midi. Et comme ils travaillaient tous les deux, tout ce qu'ils ne savaient pas, ils n'avaient pas mal au ventre.
Voilà donc, ces deux années ont été pour moi un vrai bouleversement. Je devais gérer mon amour à qui de ne disais pas tout parce que j'avais honte de ce qui se passait chez moi et que je ne voulais pas le vexer en lui avouant tout ce qui s'y disait et mes parents qui avaient une telle emprise psychologique sur moi. Quand j'y repense, je me dis que c'était vraiment surréaliste.
Mais toute chose a une fin. La fin de la rhéto est arrivée à une vitesse... Là j'ai commencé à paniquer. Je n'avais pas le droit de faire des études supérieures et lui allait sans doute aller à l'université. Nous n'allions plus nous voir les journées et je n'avais plus la force (j'avais tellement besoin de sérénité) de me battre pour quelques heures que nous aurions volées pendant le week-end. J'ai commencé alors à me faire des films en me disant que dans ces conditions, il allait vite m'oublier, qu'il allait être tenté par d'autres filles, que de toute façon cette relation était vouée à l'échec. Voilà, comment une vie bascule! J'ai donc pris les devants, la mort dans l'âme et nous nous sommes quittés. Ses dernières paroles étaient "Dans 10 ans, si tu n'es pas encore mariée, je reviendrai te chercher". Il n'est jamais venu me chercher...

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